JARDINER

" Si tu as un jardin dans ta bibliothèque, rien ne nous manquera " Cicéron
Cette phrase, Cicéron, homme politique et philosophe romain, l’a écrite à son ami Varron, chez qui il souhaitait se rendre pour discuter de sujets philosophiques, espérant que son ami ait « un jardin dans sa bibliothèque ».
La formule esquisse une intelligence particulière, fondée sur l'alternance de la contemplation et de la pratique, ce mouvement perpétuel entre le lieu du savoir et celui de l'expérience, entre la distance réflexive et l'immersion dans le réel.
Le jardin sustente le corps quand la bibliothèque sustente l'esprit. Impossible de nourrir l'un sans l'autre : l'esprit ne se fortifie pas sans que le corps soit pourvu, et le corps ne prospère pas sans l'exercice de la pensée.
Entre ces deux microcosmes s'établit d'ailleurs un réseau serré de correspondances. On cultive la terre comme on cultive l'esprit ; des fleurs comme des idées éclosent ; on désherbe une allée ou une collection pour n'en garder que la substance ; on aère le sol comme on aère les intelligences ; on sème aussi bien des graines que des pensées.
Jardiner relève d'une forme de méditation. Les mains occupées à leur tâche, la pensée dénoue les problèmes qui l'encombraient. Certes, on y cultive fleurs, légumes, arbres fruitiers ou herbes aromatiques. Mais on y cultive aussi, sans toujours le savoir, des projets et des idées.
Jardiner, c'est prendre soin de ce qui vit et favoriser l'émergence de ce qui pense.
