Radio Grenouille 1982 -1988

Autocollant de Radio Grenouille dans les années 80
Je l'ai redessiné de mémoire.
L'aventure Grenouille ou le bouillonnement créatif après la libération des ondes
1982. Pinceau en main, perché sur une échelle, je peins le plafond de mon nouvel appartement. À la radio, une musique inhabituelle me fait dresser l'oreille. Les voix sont libres, engagées, sans artifice. Un jingle revient en boucle : "Radio Grenouille, la radio sans magouille, 88,8 MHz."
Nous sommes quelques mois après le 9 novembre 1981 : la loi vient d'abolir le monopole d'État sur la FM. Partout en France, des centaines de radios libres naissent dans l'effervescence.
Soudain, l'animateur lance un appel : Radio Grenouille cherche des bénévoles pour occuper l'antenne. "Appelez-nous, proposez votre émission."
Je descends de l'échelle. Je décroche le téléphone.
La même voix me répond. Le principe est simple : enregistrer une cassette chez soi, l'apporter à la radio pour validation. J'ai l'idée immédiatement : marier mes deux passions, littérature et musique. Des extraits de livres qui me touchent, ponctués de morceaux choisis. Le titre s'impose : "Pourquoi pas ?"
Sur ma petite chaîne hi-fi – un lecteur de vinyl, un lecteur-enregistreur de cassettes et un micro amateur– je monte ma première émission. Quelques jours plus tard, cassette en main, je franchis le seuil de Radio Grenouille.
Verdict : deux heures par semaine, chaque vendredi à 19h, sur 88,8 Mhz.
Les lettres arrivent. Des auditeurs et auditrices qui attendent ce rendez-vous avec impatience. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Ils ne connaissent de moi que ma voix, mes choix littéraires et musicaux. Et pourtant, ce lien invisible est puissant, réel.
Je n'ai pas conservé ces courriers. Mais mes parents, eux, ont tout enregistré : les cassettes de mes émissions sont là, intactes, retrouvées dans leurs archives.
Vous pourrez les écouter. Ne vous attendez pas aux standards actuels : enregistrées à domicile, sur du matériel amateur, avec parfois des bruits de fond. Mais elles portent quelque chose d'irremplaçable : le souffle de cette époque, l'effervescence créative des radios libres naissantes.
Le document "Histoire visuelle d'une radio" que vous découvrirez ci-dessous témoigne également de cette période. Je l'ai réalisé dans le cadre de l'option Photographie du DEFA (Diplôme d'État aux Fonctions d'Animation) que je préparais alors.
Images et sons : deux manières de capturer l'instant de cette aventure collective.
